« J'ai aimé la passion, l'engagement, le style et les conseils pratiques. »

Yves Marot - Juriste, membre du collège des experts de la FFF
Le livre  « La Franchise : La Stratégie-L’Opérationnel »
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Les articles de Gilbert Mellinger

Manuel opérationnel : savoir-faire, formation, certification

La lecture du Code de Déontologie Européen de la Franchise nous apprend que le savoir-faire doit être « secret, substantiel et identifié » :

  • Le savoir-faire doit être secret : « le savoir-faire, dans son ensemble ou dans la configuration et l’assemblage précis de ses composants, ne soit pas généralement connu ou facilement accessible » ;
  • Le savoir-faire doit être substantiel. « Le savoir-faire doit inclure une information indispensable pour la présentation des produits….la transformation des produits… les relations avec la clientèle et la gestion administrative et financière » ;
  • Le savoir-faire qui doit être identifié : il doit « être décrit d’une façon suffisamment complète pour permettre de vérifier qu’il remplit les conditions de secret et de substantialité… ».

Le Code de Déontologie précise que la « description du savoir-faire peut être faite dans l’accord de franchise, dans un document séparé ou sous toute autre forme appropriée. »

Sans doute une des rares lacunes du Code de Déontologie qui consacre aussi peu de place à un document essentiel dans toute relation de franchise : le manuel opérationnel aussi appelé manuel opératoire ou bible de la franchise.

Le manuel opérationnel support de description du savoir-faire

Le Code de Déontologie, dans sa définition de la substantialité, montre à quel point le savoir-faire doit être complet. De fait, il doit couvrir tous les éléments, process et modes opératoires qui vont permettre la création et l’exploitation réussie d’un établissement, depuis les produits jusqu’à la gestion.

La structure suivante du manuel opérationnel permet de ne rien oublier de ce qui fera le quotidien du franchisé :

  • la présentation générale du concept et du réseau :
    • la description synthétique du concept ;
    • les fondamentaux de la franchise : droits et obligations de chacun ;
    • l’organisation du franchiseur à la disposition du réseau et de chacun de ses membres ;
    • les règles de vie à l’intérieur du réseau.
  • le lancement de l’établissement du franchisé :
    • la création de la société du franchisé, son statut personnel ;
    • la recherche du local et son aménagement ;
    • le recrutement du personnel et le lancement commercial ;
  • la présentation des produits et services qui font le concept ;
  • les règles propres au réseau concernant la promotion et la communication ;
  • les techniques de vente ;
  • les techniques de management ;
  • les techniques de gestion.

Pourquoi une telle exhaustivité qui dépasse largement la charte architecturale ou les fiches produits que nous voyons souvent et qui sont pompeusement appelées « manuel opérationnel » ?

Par souci d’efficacité d’abord.

La plupart des franchisés n’ont jamais exploité un établissement ou une société pour leur compte personnel. Si le franchiseur ne veut pas qu’ils se perdent dans les méandres administratifs et les subtilités de chaque concept, il a tout intérêt :

  • à leur baliser le parcours le plus efficacement possible pour leur permettre d’ouvrir leur établissement dans les meilleures conditions ;
  • a créer tous les supports pour une exploitation optimisée de leur établissement ;

Par souci de création d’un « langage commun » ensuite qui permettra une apparition homogène sur le marché vis-à-vis du client consommateur.

Le manuel opérationnel est la référence pour tous les acteurs du réseau, franchisés et franchiseur. Du côté du franchiseur, il s’agit de toutes les personnes en contact régulier avec les franchisés : en particulier, les animateurs, le marketing et les personnes du siège qui gèrent commandes et factures.

Les animateurs, notamment, qui doivent pouvoir utiliser le manuel opérationnel :

  • comme support de formation initiale et continue des franchisés et de leurs équipes ;
  • comme référentiel qui les aidera dans leur tâche de « remise sur le droit chemin ».

Formation et référentiel, deux mots clés qui ouvrent deux voies très puissantes pour de nouvelles utilisations du manuel opérationnel :

  • formation qui pointe vers l’optimisation de la mise en œuvre du concept ;
  • référentiel qui pointe vers la certification.

Manuel opérationnel et formation

Nous rencontrons fréquemment une situation étrange : on nous montre le manuel opérationnel d’un côté et les supports de formation de l’autre.

Dans les entreprises de taille importante cette situation étrange est encore amplifiée : il y a d’un côté un manuel opérationnel et de l’autre côté un service formation qui utilise ses propres supports. Lesquels supports finissent par avoir leur propre vie, au point qu’ils deviennent totalement détachés du manuel opérationnel lui-même !

A l’évidence, dans ces réseaux, le manuel n’a plus aucune fonction de référentiel puisqu’il n’est pas utilisé pour transmettre le savoir-faire.

De cette situation, fréquemment rencontrée dans les réseaux qui ont un manuel, nous dérivons la règle suivante :

Pour qu’un manuel opérationnel joue son rôle de référentiel, il doit être construit de telle manière qu’il devienne le seul et unique support de formation !

La raison en est simple : si le candidat franchisé découvre le concept à travers le manuel opérationnel, il retournera au concept, à chaque fois que cela sera nécessaire, par le manuel opérationnel qui gagnera ainsi son « statut » de référence absolue.

Quelques conseils simples pour y arriver.

Construire le plan de formation initiale en s’appuyant sur le plan du manuel opérationnel

Il suffira de partir de la structure du manuel opérationnel, présentée verticalement, pour dérouler dans le temps, horizontalement, les périodes de transmission du contenu de chaque chapitre du manuel. L’exemple ci-dessous illustre l’exercice :

Plan de formation initiale

« T » indique les enseignements « théoriques », en salle de classe.
« P » décrit la « pratique », en point de vente.

Ce mode opératoire permet également, de construire, très simplement, les sous ensembles destinées aux différentes catégories de personnels : tous les salariés d’un point de vente n’ont pas besoin d’être formés à toutes les opérations.

Les fiches de postes décriront quelles opérations doivent être maîtrisées par quels salariés. Le plan de formation global intègrera simplement ces opérations dans le plan de formation de chaque catégorie de salarié.

Beaucoup de concepts prévoient que le franchisé, après avoir été formé, se chargera lui-même de la formation de certains de ses salariés. Si tel est le cas, le franchiseur fournit au franchisé, en procédant comme décrit plus haut, la structure, le contenu et les supports pour la formation de ses salariés, catégorie par catégorie.

Le tout, en s’appuyant sur le manuel opérationnel qui devient ainsi la référence à consulter, pour le franchisé, mais aussi pour les salariés du franchisé.

Inclure dans le manuel opérationnel les supports de formation pour chaque tâche

L’utilisation de power point est précieuse et incontournable. Elle permet d’avoir, à la fois :

  • le support dynamique : celui qui permet d’utiliser power point dans ses capacités de présentation « pas à pas », où on découvre le détail de chaque process au fur et mesure que les clics sur la sourie permettent de dévoiler les différentes étapes du process ;
  • le support statique : celui qui montre la page power point complète, avec l’ensemble des informations concernant le process.

L’art consiste à construire les supports de manière à ce qu’ils aient un sens dans les deux versions : statique et dynamique.

Mettre le manuel opérationnel en ligne grâce à un portail internet

L’accès à cette technologie est aujourd’hui simple et peu coûteux. Le manuel en ligne ressemble à un site internet dédié :

  • les onglets donnent accès aux différents livres qui constituent un manuel opérationnel
  • l’arborescence de chaque onglet donne accès aux différents chapitres et sous chapitres de chaque livre

La recherche par mots clés permet de faire apparaître, à la demande et au choix :

  • tout ce qui concerne un process : production d’un sandwich, réalisation d’un contrat, enregistrement d’une vente à la caisse…
  • tous les process spécifiques à une fonction donnée : vendeur, cuisinier…

Les avantages d’une telle mise en scène du manuel opérationnel sur un portail internet sont immenses :

  • les mises jours du manuel opérationnel sont immédiates et très faciles ;
  • les accès aux contenus ainsi que les temps de connexion sont mesurables : le franchiseur voit qui utilise et qui n’utilise pas le manuel opérationnel ;
  • les « auto formations » sont faciles à mettre en œuvre ;
  • les contenus peuvent être présentés de manière « sympathique et dynamique » et intégrer facilement photos, power point ou films.

Le tout, dans un souci de service au client, doublé d’un objectif de niveau de qualité élevé et homogène, grâce à :

  • une plus grande efficacité des temps de formation ;
  • une grande accélération de l’opérativité des acteurs concernés : particulièrement utile dans des environnements à forte rotation des personnels ;
  • à un contrôle facile, par le franchiseur, des opérations de formation faites dans chaque établissement ;
  • à un accès simple depuis n’importe quel ordinateur.

La qualité et la certification

De plus en plus de réseaux de franchise utilisent dans leur communication la référence à la certification d’un processus de management de la qualité.

Il faut sans doute s’en réjouir.

L’Afnor nous dit de quoi il s’agit : « un système de management de la qualité représente l'ensemble des dispositions mises en place par une entreprise pour s'assurer que la qualité des produits et services qu'elle conçoit, fabrique et met sur le marché ne doit rien au hasard et s'améliore dans le temps : à mesure que l’environnement de l'entreprise change, que les besoins des clients évoluent, que l'offre des concurrents progresse ».

La certification est délivrée après une évaluation des systèmes, des services, des produits ou encore des compétences professionnelles, objets de la demande.

L’Afnor précise que la certification est une activité par laquelle un organisme reconnu, indépendant des parties en cause, donne une assurance écrite qu’une organisation, un processus, un service, un produit ou, des compétences professionnelles sont conformes à des exigences spécifiées dans un référentiel. La certification est une démarche volontaire.

Il existe différents types de normes. La norme qualité Iso 9001 est une norme internationale qui s’applique spécifiquement au management de la qualité. Conçue en 1987, elle a été révisée en 1994. Une refonte importante est intervenue en 2000. Puis une nouvelle modification en 2008 dont les prises d’effet sont prévues pour 2012.

Ce référentiel qualité, doit permettre d'assurer le pilotage managérial de l'entreprise en associant étroitement la satisfaction des clients et la rentabilité des opérations.

Iso 9001 s’appuie sur 8 principes :

  • L’orientation client pour permettre une adaptation constante aux besoins de marchés qui évoluent
  • L’implication de la direction pour définir les objectifs « qualité » et l’orientation commune, communiquer et faire adhérer
  • L’implication du personnel à travers son implication dans les objectifs de l’organisation
  • L’approche processus pour manager les ressources et les activités afin de réaliser au mieux produits et services : identification des processus et respect des exigences documentaires du système de management de la qualité
  • L’approche système du management
  • Les mesures, analyses et améliorations continues : audit internes, gestion des non conformités
  • Les procédures de prise de décision fondées sur des faits
  • Les relations fournisseurs mutuellement bénéficiaires.

Il s'agit donc de mettre en œuvre la structure organisationnelle, les responsabilités, les pratiques, les procédures, les procédés et les ressources nécessaires aux objectifs que l'entreprise se fixe en matière de qualité, de satisfaction des clients et d'amélioration des processus et des performances. L’objectif devant être la création d’un vrai avantage concurrentiel.

La certification donne aux clients d’une entreprise une information majeure : elle leur garantit que les process certifiés suivent des étapes précises de réalisation dont l’objectif est la meilleure qualité de produits et de services, une qualité garantie homogène dans le temps.

Manuel opérationnel et certification

Les entreprises franchisées, elles aussi ont besoin que leurs clients reçoivent cette information essentielle sur la recherche permanente et organisée de la qualité.

Les franchises ont même un avantage concurrentiel majeur : elles reposent leur légitimité et leur réussite sur un savoir-faire « secret, substantiel et identifié ».

Identifié, grâce au manuel opérationnel.

Dans un réseau de franchise, le référentiel, indispensable à la certification existe donc déjà : c’est le manuel opérationnel, dont nous avons déjà rappelé la caractéristique d’exhaustivité. Tout le processus de certification part donc d’un socle initial fort.

Ce socle est d’autant plus fort qu’à la différence de la plupart des référentiels Iso que nous avons vus, le manuel opérationnel se concentre beaucoup plus sur le « comment » faire que sur le « quoi » contrôler.

La description des étapes pour réaliser un produit, apporter un service y sont décrites avec sensiblement plus d’attention et de précision : photos, photos en « bande dessinée » pour bien faire comprendre les gestes et les opérations, mais aussi films pour former à la fluidité des gestes.

Les supports que nous rencontrons dans les sociétés qui ont obtenu la certification de leur démarche qualité sont trop souvent constitués d’une succession de tableaux et de diagrammes. Il y a trop peu d’indications sur le « comment faire » dont nous constatons qu’il se contente d’expressions du type « vitrine propre », « vente additionnelle faite », « rangé », « rien ne traîne »…

Les objectifs sont en fait sensiblement différents :

  • l’objectif de la certification est la vérification de la conformité des modes opératoires à des règles et à des process prédéfinis.
  • l’objectif du manuel opérationnel est de fournir le référentiel détaillé qui va permettre :
    • la description du savoir-faire
    • la transmission du savoir-faire : toute la démarche de formation initiale et continue du franchisé et de son personnel
    • la vérification de la mise en œuvre permanente du savoir-faire en conformité avec le référentiel
    • l’identification des opérations d’évolution du savoir-faire

Autre différence : le manuel opérationnel est un référentiel bien plus large que le référentiel généralement rencontré dans les organisations qui ont voulu faire certifier leurs modes opératoires.

Le manuel opérationnel va au-delà des produits et services apportés au client consommateur. Il décrit aussi les process destinés au franchisé, comme, par exemple :

  • les opérations de lancement de sa franchise;
  • le déroulement de l’animation et des différents blocs constitutifs de l’animation, visites, réunions régionales, formation…

Le franchiseur qui a un manuel opérationnel complet va pouvoir faire certifier toutes les démarches à destination du client consommateur mais aussi du franchisé. Par là et parce que ces démarches vont être normées et rendues systématiques, il va augmenter l’efficacité du franchisé dans l’objectif de maximiser ses chances de réussite dans le réseau.

Et surtout, il fait d’une pierre deux coups :

  • il a un manuel opérationnel efficace ;
  • il a le référentiel indispensable à la certification.

Il n’a plus qu’à choisir quelles parties des process il veut faire certifier : l’embarras du choix !

Et s’il choisit le transfert du savoir-faire, quel argument de vente de sa franchise : il sera un des rares réseaux à garantir la qualité dans le process de formation initiale !

Une affirmation qui est tout à fait à la portée des réseaux qui démarrent et qui peuvent, par-là, à peu de frais, se doter d’un avantage concurrentiel décisif !

… quand on constate les avantages d’un outil, essentiel en franchise, qui, de plus, permet des ouvertures vers la formation et la certification, on se demande vraiment pourquoi tant de réseaux se privent du bénéfice d’en avoir un !

Gilbert Mellinger
PDG d'Epac International
Membre du Collège des Experts de la Fédération Française de la Franchise

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