Franchiseurs et franchisés doivent s’adapter aux règles bancaires

Publié en Novembre 2013 dans lesechosdelafranchise.com - Elisa Gitakos

Avec la prochaine entrée en vigueur de Bâle III et le récent durcissement des règles bancaires, l’obtention de financements pour les franchiseurs et les franchisés se complexifie. Théodore Gitakos, président-directeur général du cabinet de conseil Epac International, explique les changements qui sont en cours et leur impact sur le monde de la franchise.

Théodore Gitakos, président-directeur général du cabinet EPAC International.

Quels changements sont et seront bientôt à l’oeuvre dans les établissements bancaires ?

Les nouvelles réglementations bancaires ont pour but de préserver les banques face au risque. Celles-ci ont désormais l’obligation de réserver une part de leurs fonds propres plus importante qu’auparavant lorsqu’elles allouent un crédit, en fonction du degré de risque pris. La conséquence est, qu’aujourd’hui tous les clients de banques, tant les entreprises que les particuliers, sont soumis à un système de cotation lorsqu’ils sollicitent un prêt. Plus précisément, la banque leur attribue une qualité de risque, en fonction de différents facteurs. Si le risque est moindre, le client bénéficiera d’une bonne cote : le crédit lui sera facilement accordé et ce à un taux appréciable et avec des frais bancaires bas. Inversement, si la banque attribue une mauvaise cote, le client verra sa demande de crédit rejetée ou bien acceptée, mais à des taux élevés.

Quelles conséquences pour le monde de la franchise ?

La franchise dépend beaucoup du financement ou non des projets. Or, pour lancer ou agrandir un réseau, le recours au crédit bancaire est inéluctable. Un franchiseur peut donc rencontrer de sérieuses difficultés pour atteindre ses objectifs si son dossier n’est pas vu d’un bon oeil par l’établissement bancaire. Et ce à n’importe quelle étape du développement du réseau. A sa création, pour financer des succursales et accompagner les premiers franchisés. Au cours de son développement, également, pour accompagner les nouveaux adhérents. Mais aussi lorsque le réseau, arrivé à maturité, se retrouve face à la problématique de reprise d’entreprises, qui nécessite de disposer de financements suffisants. Et, surtout, cela aura un impact sur la gestion au quotidien des entreprises. Par exemple, les franchises qui ont un besoin en fonds de roulement (BFR) important sollicitent régulièrement les banques, via des crédits de trésorerie, des découverts bancaires plus ou moins élevés ou encore des crédits de campagne. Finalement, tous les réseaux sont concernés par ces mutations.

Une solution s’impose : avoir une bonne cote. Comment faire pour y parvenir ?

Franchiseurs et franchisés doivent s’adapter aux nouvelles réglementations bancaires. Ils doivent s’inscrire dans une dynamique de communication et de partenariat dans la durée avec leur banque en leur fournissant un véritable dossier économique. Le simple bilan financier ne suffit plus. Plus concrètement, le franchiseur et le franchisé devront communiquer à la banque leur liasse fiscale et le détail des comptes, les points forts et les points faibles de l’exercice écoulé tout en expliquant les écarts avec le prévisionnel, le prévisionnel pour les années à venir, comprenant un compte de résultat, le calcul du BFR et un tableau besoins-ressources. Le franchiseur devra aussi révéler les perspectives de développement du réseau, ses projets et les crédits qu’il a l’intention de solliciter dans les douze prochains mois.

Autant d’informations qui permettront d’installer entre le réseau et la banque une relation de confiance, basée sur la transparence des informations.

Pour fournir toutes ces informations, des notions de gestion sont nécessaires, or, tous les franchisés ne les ont pas. Le franchiseur devra-t-il prendre ce facteur en compte ?

Il y a deux solutions possibles. Soit le franchiseur dispose des ressources internes suffisantes pour s’occuper de la santé financière de chaque franchisé, soit il devra recourir à des prestataires externes. Dans tous les cas, la constitution d’un tel document ne se fait pas à la légère et devra bénéficier d’un accompagnement du franchiseur au franchisé. Ce dossier économique n’est pas une simple reprise d’informations financières : il doit avoir une réelle valeur ajoutée. C’est en cela que le fait d’appartenir à un réseau constitue une force supplémentaire. Car, dans ce monde difficile où l’accès au crédit est réglementé, s’appuyer sur un réseau qui fonctionne facilite les choses.

Bâle III

La réforme de Bâle III est censée prévenir le monde financier contre une nouvelle crise financière.

Parmi ses mesures phares : l’augmentation du niveau des fonds propres des banques lors de l’octroi de crédits.

Votés en 2010, les accords de Bâle III devaient initialement entrer en vigueur en janvier 2013 et ont été repoussés d’un an. Les banques ont jusqu’en 2019 pour appliquer l’ensemble des mesures prévues par le comité de Bâle.

 

Théodore Gitakos
PDG EPAC International